—Hélas! dit Li-Tso-Pé, cette séparation est un malheur, mais elle nous sauve d'un malheur plus grand. Il faut tâcher de raffermir notre cœur.... Je vais donc te quitter, Lon-Foo.
—J'avais l'habitude de te voir. Comment pourrai-je supporter ton absence?
—Aimes-tu mieux que je sois l'époux d'une autre femme, Lon-Foo?
—Qui sait si celui qui part reviendra jamais? dit Lon-Foo en sanglotant; qui sait si lorsqu'il reviendra celle qui reste sera là encore?
—Que veux-tu que je fasse? dit Li-Tso-Pé, gagné par les larmes; parle. Je resterai si lu l'ordonnes.
—Non, non, pars, dit Lon-Foo. Va, je serai forte, et quoi qu'il arrive, je te le jure sur les mânes de mon père ici couché, rien ne pourra me faire changer.
—Au revoir donc, dit Li-Tso-Pé; le jour va disparaître, il faut rentrer. Les deux amis se serrèrent la main et se séparèrent tristement.
Lorsque la jeune fille repassa à travers le cimetière, un homme qui priait sur un tombeau magnifique la vit et sembla s'intéresser à elle. Il remarqua ses larmes et crut qu'elle pleurait un parent mort depuis peu. Arrivé hors du cimetière, cet homme fit signe de s'éloigner à une escorte qui l'attendait. Il n'avait pas perdu de vue la jeune fille qui, absorbée dans sa douleur, ne regardait rien. Il la suivit, et lorsqu'elle fut rentrée chez elle, l'homme écrivit sur ses tablettes: Place de la tour de Li-cou-li, la maison des dragons bleus.