Lon-Foo était orpheline. Sa mère était morte en la mettant au monde; son père avait perdu la vie dans un combat glorieux. La jeune fille vivait seule avec sa vieille grand'mère et quelques serviteurs. Leur fortune était modeste, mais plus que suffisante pour leurs besoins. Lon-Foo avait dix-sept ans. Élevée par cette grand'mère pleine d'indulgence, elle jouissait d'une liberté plus grande que celle accordée d'ordinaire aux jeunes filles chinoises; elle brodait peu, préférant la lecture, ou les jeux en plein air; l'appartement intérieur où les femmes ont coutume de se tenir l'étouffait, et surtout depuis le jour où elle avait aperçu Li-Tso-Pé, elle passait son temps au jardin.
La nuit du départ de son fiancé, Lon-Foo ne dormit pas et pleura sans cesse. Aussi, le lendemain matin, lorsqu'elle se regarda dans son miroir d'acier poli, semblable au disque de la lune, elle vit qu'elle avait les yeux rouges et gonflés; pour ne pas inquiéter sa grand'mère, elle voulut faire disparaître ces traces de larmes, et trempa à plusieurs reprises son joli visage dans l'eau fraîche.
Tandis qu'elle était ainsi occupée, un coup frappé sur le gong de la porte d'entrée la fit tressaillir.
—Qui donc vient de si grand matin? dit-elle.
Et elle descendit précipitamment de sa chambre au rez-de-chaussée. Sa grand'mère était déjà sous l'auvent de la maison, et deux serviteurs couraient vers la porte du jardin; mais lorsqu'ils l'eurent ouverte ils ne virent personne. Seulement, un coffre de laque était posé à terre; les serviteurs le ramassèrent et l'apportèrent à leur maîtresse.
—Qu'est-ce que cela? s'écria la grand'mère en levant les bras au ciel; qui dit que ce coffret est pour nous?
—Il y a une lettre sous le cordon de soie qui ferme le coffre, dit un serviteur.
Lon-Foo prit la lettre, écrite sur du papier rouge, et la déplia.
«A la belle Lon-Foo, quelqu'un de puissant offre ces objets sans valeur,» lut-elle à haute voix.
—Dieu Fo! fit la grand'mère, quelqu'un de puissant! comment peut-il te connaître?