—Je ne sais, dit la jeune fille; c'est sans doute une plaisanterie, et le coffre est rempli de pierres.

—Voyons! dit la vieille en ôtant le couvercle. Les deux femmes poussèrent en même temps un cri de stupeur: un merveilleux collier de perles de Tartarie était roulé en plusieurs cercles au fond de la boîte, comme un serpent au repos; les perles étaient grosses comme des pois, toutes semblables et d'une pureté sans pareille. Certainement, il eût été impossible de trouver un collier comparable à celui-là dans tout l'empire. Le coffret contenait encore des épingles de tête garnies de rubis et une parure complète: bracelets, agrafes, étuis pour préserver les ongles, en jade vert travaillé à jour avec une perfection exquise.

—Que tout cela est beau! s'écriait la vielle femme en frappant ses mains l'une contre l'autre. Depuis que j'existe je n'ai jamais rien vu d'aussi magnifique!

—D'où cela peut-il venir? se disait Lon-Foo, vaguement effrayée; ce n'est certainement pas Li-Tso-Pé qui m'envoie ce collier qu'une reine seule pourrait porter.

La journée se passa en conjectures. Lon-Foo finit par s'imaginer que des voleurs poursuivis avaient déposé le coffre devant la porte pour détourner les soupçons. Elle commença donc, avec l'aide de sa grand'mère, à composer une lettre où elle expliquait aux magistrats de la ville ce qui s'était passé. L'écrit n'était pas encore terminé que le gong retentit de nouveau, frappé avec violence, et en même temps une foule de pages, d'écuyers, de porteurs de lanternes, envahirent le jardin et se rangèrent en haie de chaque côté de l'allée.

Les deux femmes, stupéfaites, s'étaient avancées sous l'auvent de la maison. Elles virent venir un mandarin de premier rang en grand costume de cour, suivi de deux hommes, l'un portant le parasol d'honneur, l'autre un sceau de cristal sur un coussin de soie.

Le mandarin alla droit à la jeune fille et plia le genou devant elle.

—C'est bien toi que l'on nomme Lon-Foo? demanda-t-il humblement.

—Oui.... balbutia Lon-Foo toute tremblante.

—Eh bien, jeune fille plus heureuse que toutes les femmes du royaume, beauté privilégiée à laquelle je ne puis parler qu'à genoux, sache que celui dont tu as reçu ce matin les présents, celui qui m'envoie vers toi, est l'homme devant qui tout ploie et tremble, le maître de notre vie à tous, l'empereur de la Chine!