Perle-Fine se souvenait confusément que ses parents lui avaient parlé aussi de fiançailles, mais elle était si désolée de leur perte, qu'elle avait écouté à peine. Plus tard, elle crut avoir rêvé cela.

—Votre nom n'est-il pas! Bambou-Noir?... demanda-t-elle.

—Oui, oui, dit le jeune homme, c'est mon nom!... Vous voyez bien, il ne faut pas me chasser.

—Pourquoi donc agissez-vous d'une façon aussi contraire aux rites?

—Parce que depuis que vous êtes orpheline, votre oncle s'est emparé de votre fortune et ne songe guère à tenir les promesses faites aux morts; parce que, si on ne le force pas par quelque ruse, il ne consentira jamais à faire les dépenses qu'entraîne un mariage, avare comme il l'est.

—Je le sais, hélas! dit Perle-Fine, et je suis résignée à vieillir fille.

—Non! s'écria Bambou-Noir, si le complot que je médite réussit; mais d'abord, je devais vous voir: il fallait votre approbation; dites: M'acceptez-vous pour époux?

—Puis-je désobéir à mes parents? dit la jeune fille, les yeux baissés.

—Merci! merci! s'écria Bambou-Noir, et maintenant, écoutez bien: Ce soir même, Rouille-des-Bois, forcé par l'opinion publique et, sans doute, à regret, me reçoit à dîner avec plusieurs de mes amis; pendant le repas, secondé par les invités, qui tous sont complices, j'espère amener votre oncle à m'offrir votre main, et une somme de trois cents liangs.

—Trois cents liangs! s'écria Perle-Fine, effrayée.