FRÈRE DU DIVIN GANÉÇA

DANS SES DIVERS EXERCICES

M. Oldham, en effet, s'était acquitté fort bien et fort vite de mon éducation, et je ne charmais plus seulement le public en jonglant avec des anneaux de fer. A chaque représentation, toujours dans le même ordre, se succédaient mes exercices; quand je fus tout à fait instruit, voici ce que je faisais:

D'abord, je jonglais avec des anneaux de fer; puis on dressait une cible, je me plaçais en face; j'avais à côté de moi une corbeille pleine de balles, avec ma trompe, je lançais les balles contre la cible; et je ne crois pas l'avoir jamais manquée.

La cible enlevée, on m'apportait une grosse boule de fer; je m'y tenais en équilibre, et la faisais marcher avec mes quatre pieds. Cet exercice me fatiguait fort; aussi, pour me reposer, me faisait-on jouer une scène dramatique.

Un jeune roi et une jeune reine erraient par la campagne gaiement; tout à coup l'on entendait des bruits de chasse, et je paraissais, poursuivi par quelques cavaliers; effrayés, le jeune roi et la jeune reine cherchaient à se cacher; je faisais, semblant être furieux, deux ou trois fois le tour du cirque. Puis j'avisais la reine, je me précipitais vers elle. Alors, dans la scène, telle que l'avait d'abord composée Moukounji,—car mon maître était, pour me faire briller, devenu auteur,—le roi devait la protéger de son corps, il dégainait son sabre, me l'enfonçait dans le poitrail, et je tombais, simulant la mort. Le sabre, bien entendu, était une arme en fer-blanc émoussé et dont la lame entrait dans la poignée.

Mais ce dénouement fut changé, et par moi, dès le premier soir où l'on donna la scène. C'était miss Nightingale qui jouait la jeune reine. Elle était charmante dans ce rôle, avec une robe de gaze blanche, sous laquelle transparaissait une tunique de soie mauve. Et, quand je la vis, si gracieuse, le souvenir de Parvati, qui ne me quittait guère, me revint plus vif et plus cher que jamais; alors, au lieu de courir violemment vers elle, je m'arrêtai; je m'avançai lentement, et, l'air humble et soumis, j'allai m'agenouiller devant elle. Le public applaudit longuement et l'on décida qu'on garderait ce dénouement à la scène désormais.

C'était après cela que je faisais cinq fois le tour du cirque en bicyclette, une bicyclette énorme construite à ma taille (on s'imagine avec quelle peine un éléphant peut se tenir sur un pareil instrument). Je faisais mouvoir les pédales avec mes pieds de devant et le guidon avec ma trompe. Je devais ensuite me tenir debout et danser une polka. Enfin, pour terminer mes exercices, je jouais une autre scène,—comique celle-là,—et qu'avait composée M. Oldham:

Au milieu du cirque, on m'apportait une table, avec une chaise à ma taille et, auprès, entre deux poteaux, une cloche à laquelle pendait une corde. J'entrais, je m'asseyais sur la chaise, et, de ma trompe, je tirais la corde de la cloche. M. Oldham, vêtu en garçon de restaurant, accourait, et je lui faisais comprendre que je voulais dîner.

—On vous sert, monsieur Éléphant, disait-il.