Mais le prince criait:
—En avant!
Et mon mahout eut beau me labourer l'oreille de son croc, je refusai d'obéir.
—Prince! prince! vous êtes perdu, gémissait le malheureux esclave, l'armée de Golconde bat en retraite, nous sommes seuls au milieu des ennemis, on nous cerne, nous sommes pris!... Il est trop tard!... trop tard pour fuir!...
Une balle l'atteignit. Avec un gémissement étouffé il roula de mon cou, se cramponna un instant, m'inondant de sang, puis il tomba.
Mort, il était mort!
Je m'arrêtai, consterné, retournant le corps doucement du bout de ma trompe; il ne bougeait plus, ne respirait plus; c'était fini. Mon pauvre mahout avait rendu le dernier soupir, si vite, presque sans souffrir.
Voilà donc ce qu'avait été pour lui la destinée!
Je le revoyais là-bas, à Bangok, me parlant gravement: «Devons-nous nous réjouir ou pleurer?...» Hélas! il était mort; il n'avait plus ni larmes, ni joies!...
Mais autour de moi éclataient des cris de triomphe. Mon maître luttait encore.