—Prenez-le vivant! criait du haut de son éléphant le maharajah. Il faut qu'il meure de la main du bourreau.
Je voulais m'élancer encore, mais je m'enchevêtrai les pieds dans des nœuds coulants qu'on m'avait lancés et que mes mouvements furieux pour me dégager serrèrent davantage. C'en était fait. J'étais pris, et mon maître avec moi.
Pauvre princesse Saphir-du-Ciel, qui, dans le palais désolé, se lamentait et pleurait, souffrant de l'angoisse, mille fois plus que nous du malheur! C'était donc aussi, pour elle, la destinée! J'entendais encore sa douce voix, me suppliant, m'adjurant de lui ramener Pépoux bien-aimé. Et voilà! Nous étions vaincus, prisonniers, et on lisait au prince enchaîné la sentence qui le condamnait à mourir, d'une mort honteuse, à l'aube du lendemain.
Moi, j'étais une valeur, je faisais partie du butin; on n'en voulait pas à ma vie. Mais j'avais été si terrible dans le combat qu'on n'osait m'approcher.
Je réfléchissais de toute la puissance de mon faible esprit et je jugeai qu'il fallait paraître me soumettre. Je commençais à sentir la cuisson de mes blessures et la fatigue du combat; mon lourd harnais de guerre me lassait beaucoup.
Je me mis à pousser des gémissements plaintifs, comme pour implorer l'assistance de ceux qui faisaient cercle autour de moi. L'un d'eux, me voyant si calme, osa s'approcher. Je redoublai ma plainte, en la faisant très douce.
—Il doit être blessé, dit l'homme, il faut le panser afin qu'il guérisse, car c'est une bête d'un très grand prix.
Tous s'approchèrent. On défit ma carapace; on enleva toutes les pièces de l'armure et j'y aidai de mon mieux. Quand ce fut fini, je me couchai sur le sol, comme accablé.
J'avais beaucoup de blessures, une seule un peu profonde, au défaut de l'épaule.
On fit venir un médecin qui me pansa. Pendant ce temps, je songeais à mon maître, qui peut-être était blessé, lui aussi, et que l'on ne secourait pas. Je n'avais pas cessé de le suivre de l'œil, sans en avoir l'air, pendant la comédie que j'avais jouée; j'avais vu qu'on l'avait traîné dans une tente misérable, qu'on l'avait attaché à un poteau, et que des soldats, l'arme au poing, le gardaient. Le chagrin me serrait le cœur, et les gémissements que je poussais étaient sincères, mais mes blessures ne les causaient pas. Pourtant je feignis l'indifférence pour mon maître, je paraissais ne songer qu'à moi et je sus remercier si bien le chirurgien, de ses soins, qu'il fut touché et ordonna qu'on me retirât les nœuds coulants qui me meurtrissaient les jambes.