—Cet éléphant est d'une douceur remarquable, dit-il; donnez-lui à manger et à boire, car il paraît très las et très faible, c'est sans doute à cause du sang qu'il a perdu, et il faut le réconforter.

Il s'éloigna pour aller panser d'autres blessures.

On m'apporta bientôt une bonne provision de fourrage, des légumes, du riz et de l'eau fraîche dans un grand bassin. Je pensais au prince Alemguir qui, peut-être, souffrait de la soif, et mon gosier se serra.

Cependant, nous sommes esclaves de notre énorme appétit; la faim nous dompte et nous affaiblit très promptement; il fallait donc manger, pour être fort et prêt à tout. Je le fis de l'air nonchalant et dégoûté d'un malade, sans me relever du sol. Alors ne redoutant rien de moi, on me mit au pied une légère entrave, reliée à un pieu, et on me laissa.


[Chapitre IX]

L'ÉVASION

La nuit venait; des lumières piquaient de points ronges toute l'étendue du camp; des fumées montaient, droites dans l'air tranquille; je voyais autour des marmites des hommes accroupis, noirs sur la clarté, puis il y eut des danses, des chants et des musiques; on célébrait la victoire en buvant, en criant, en se disputant; on simula même des luttes corps à corps qui s'envenimèrent si bien que le sang coula. Puis, peu à peu, le silence se fit, tout s'éteignit; un lourd sommeil pesa sur ce soir de bataille.