Quelques instants plus tard, je vis venir mon mahout[1] qui, sans me harnacher, m'emmena, à travers les grandes avenues du parc, jusqu'à la varangue du palais.

Là se tenait d'ordinaire ma chère maîtresse. En ce moment, elle avait quitté son canapé de rotin et, agenouillée sur un coussin, examinait en s'ébahissant le tableau couvert de lettres que lui montrait le maître d'école. Autour d'elle, des visiteurs regardaient aussi: il y avait là plusieurs Hindous et un Anglais. Dès qu'elle me vit, la princesse se releva, courut à battant des mains.

—Est-ce vrai? est-ce vrai? cria-t-elle, Iravata, c'est toi qui as fait cela?

Je répondis par des clignements d'yeux et des claquements d'oreilles.

—Oui! il dit oui! affirma ma douce maîtresse qui, elle, savait bien me comprendre.

Mais l'Anglais secouait la tête d'un air moqueur.

—Pour croire une chose aussi incroyable, il faudrait la voir de ses propres yeux et non l'entendre conter.

Je voulus effacer l'écriture sur le tableau.

—Non, non, s'écria le maître d'école en l'éloignant de moi. J'ai vu le miracle et je supplie l'âme royale qui habite le corps de cet éléphant de me permettre d'en garder la preuve.

Sur un signe de la princesse, on fit venir des scribes qui déroulèrent devant moi une feuille de satin blanc et me donnèrent un calame trempé dans de l'encre d'or.