—Il a passé comme un ouragan, nous faisant grand'peur; la princesse était devant lui, il l'a poussée dans l'eau.
—Et ensuite, demanda le roi, qui l'a retirée du lac?
—C'est nous, c'est nous, dirent-elles, mais l'éléphant nous l'a arrachée et s'est enfui en l'emportant.
Le prince me regarda. Je lui fis signe que ce n'était pas cela.
—Qu'on les fouette, cria-t-il, jusqu'à ce qu'elles avouent la vérité.
Ce fut alors un concert de hurlements, qui redoubla d'acuité quand des esclaves parurent, armés de doubles lanières de cuir.
Le roi fit un signe. Les esclaves empoignèrent chacun une femme, la jetèrent à genoux et leur cinglèrent les reins d'un coup de lanières. Ce fut assez pour leur délier la langue; c'était à qui parlerait, raconterait l'histoire, la vraie.
—J'écoute, dit le roi, et il désigna celle qui devait parler.
—Faites-nous grâce, ô roi très magnanime! dit-elle; nous sommes coupables. Voilà ce qui s'est passé: Ananta jouait avec Zobeïde une partie d'échecs, et le jeu se présentait d'une façon très extraordinaire. Toutes nous regardions du coin de l'œil, intéressées malgré nous, tout en surveillant la chère princesse qui cueillait des fleurs et nous les apportait. Malheureusement, nous engageâmes des paris et, au moment décisif, notre attention fut un moment tout entière captivée par la marche des pièces. Monseigneur l'éléphant blanc était là depuis longtemps, regardant par-dessus les buissons. Tout à coup, avec un grondement affreux, il s'élança, brisant les branches, écrasant les fleurs, et se précipita vers le lac, d'où, après quelques instants de recherche, il retira la princesse.
Le roi s'approcha de moi, les yeux pleins de larmes.