—Tu es vraiment notre bon génie, ô Iravata! dit-il; après m'avoir sauvé d'une mort honteuse, voilà que tu me rends ma fille! Certes il n'est pas un homme au monde à qui je sois redevable d'une gratitude pareille à celle que je te dois. Que ces misérables femmes soient chassées et exilées, ajouta-t-il. Voilà bien la punition, mais comment récompenser dignement le sauveur?

J'aurais voulu pouvoir parler, afin de dire que nulle récompense ne vaudrait pour moi le bonheur de les voir vivants et de vivre près d'eux. Saphir-du-Ciel pleurait à chaudes larmes, agenouillée devant ce gouffre d'eau qui aurait pu ne pas lui rendre son enfant. Tout à coup elle se releva, prit Parvati sous les bras et la tendit vers moi.

—O toi, mon aïeul inconnu! s'écria-t-elle, toi, qui si manifestement nous protèges, accepte la garde de ma fille; je te la confie, que toi seul veilles sur elle, et jamais alors l'angoisse ni l'inquiétude ne mordront mon cœur.

A moi la princesse Parvati! à moi la délicieuse fleur humaine que j'aimais par-dessus tout! C'était moi qui devais la garder, veiller sur elle, être près d'elle toujours! Cela m'emplit d'un si grand enthousiasme que je lançai un coup de trompette tellement formidable que tous les assistants frissonnèrent.

Je m'arrêtai court, penaud et inquiet. J'avais peut-être effrayé aussi ma bien-aimée qui ne voudrait pas de moi pour gardien. Il n'en était rien, au contraire; elle riait aux éclats en frappant l'une contre l'autre ses petites mains, et criait:

—Encore! encore!

Si bien que je recommençai la fanfare, mais on l'adoucissant un peu.