[Chapitre XIV]

JEUX D'ÉLÉPHANT

Quel paradis que ces années pendant lesquelles je fus l'esclave de cette enfant!

Elle m'avait accepté tout de suite et une entente extraordinaire s'était établie entre nous. Elle commençait à parler, et par elle, sans peine aucune, j'apprenais l'hindoustani. Jusque-là, un interprète qui n'avait presque pas d'autres fonctions que de me traduire en siamois ce que je devais comprendre, avait été attaché à mon service. J'avais bien retenu quelques mots, mais trop peu, et rarement une phrase entière; tandis qu'avec Parvati, qui lentement et sûrement découvrait le langage, je le découvrais aussi.

J'étais celui à qui elle parlait le plus, et tant que je n'avais pas compris ce qu'elle voulait dire, avec obstination elle répétait les mots. Il s'agissait le plus souvent d'un jeu nouveau qu'elle imaginait. Avec un partenaire tel que moi, on peut penser que nos jeux n'étaient pas ordinaires.

—Balance-moi! criait-elle.

Alors je repliais un peu ma trompe en dedans de façon à lui faire une sorte de fauteuil vivant qui la serrait légèrement pour qu'elle ne pût pas tomber, et, doucement, je la balançais. Son rire perlé s'égrenait sans cesse, mais elle était insatiable:

—Plus fort! plus fort!

Et j'accélérais le mouvement, l'élargissant, jusqu'au moment où, jugeant le jeu dangereux, je m'arrêtais.

Alors elle se fâchait, me battait. Mais ses tendres menottes se meurtrissaient aux rugosités de ma peau; elle s'arrêtait avec une vague envie de pleurer et disait: