—Méchant! tu piques.
Pour la consoler, j'allais vers la fontaine, où elle me suivait en battant des mains.
—Oui! oui! fais le jet d'eau, disait-elle.
Cela consistait à absorber une énorme quantité d'eau (nous en pouvons amasser dans notre estomac un volume incroyable) et, la trompe haute, à la rejeter en gerbes, en pluie, en tourbillons. Le soleil jouait dans les gouttelettes, les irisait, les faisait étinceler.
La tête levée, les yeux extasiés, Parvati regardait. Elle ne riait pas, ne criait pas, mais gravement disait:
—C'est beau!
Son idée fixe avait été, tout d'abord, de monter sur mon dos, de s'y installer pour se faire promener. Mais une chute du haut de la montagne que j'étais pour elle, eût été trop terrible, et j'opposais une ferme résistance à son désir, tout en cherchant s'il n'y avait pas moyen de la contenter.
Après beaucoup de réflexion, j'imaginai quelque chose. J'allai cueillir des lianes flexibles et, en m'appliquant beaucoup, avec une peine extrême, je tressai une sorte de corbeille qui pouvait se suspendre à mon cou, et où je plaçai délicatement ma petite princesse. De cette façon, elle était comme posée sur mon cœur. Je pouvais la surveiller, l'abriter du soleil, la préserver de tout danger.
Elle fut ravie de mon invention et Saphir-du-Ciel autant qu'elle; seulement la reine fit remplacer mon informe ouvrage par une installation plus parfaite, et la promenade devint un de nos plaisirs favoris.
Nous allions par la ville, sous les platanes abritant des fontaines de porphyre. Les brahmanes qui passaient, dans leurs robes d'une blancheur éclatante, jetaient une bénédiction à la fille de leur roi. Les seigneurs que nous croisions, montés sur des chevaux à la crinière tressée et ornée de franges, ou sur des éléphants caparaçonnes, la saluaient avec d'affectueux sourires; les nobles dames faisaient arrêter leur litière, traînée par des bœufs blancs, et lui parlaient un moment.