Cette gloire, qui me fit beaucoup d'envieux parmi les auteurs des différents pays dont les livres ne se vendaient pas aussi bien, ne me rendit pas orgueilleux. Ma récompense, ce fut sa joie et son émotion à Elle; le reste du monde m'importait peu, car tout ce que j'avais fait, c'était seulement, uniquement pour Elle!
[1] Conducteur attaché spécialement à la garde d'un éléphant.
[2] Mucianus ter consul, auctor est aliquem ex his et litterarum ductus græcarum didicisse, solitumque præscribere ejus linguæ verbis: «Ipse ego hæc scripsi et spolia celtica dicavi.» Plinii secundi Naturalis Historiæ VIII, 3.
[Chapitre II]
LA FORÊT NATALE
Je suis né dans la forêt de Laos, et, du temps de ma jeunesse, je n'ai gardé que de bien confus souvenirs: quelque corrections, infligées par ma mère quand je réfugais de baigner ou de la suivre à la cueillette des fruits et des herbes; quelques joyeuses parties avec les éléphants de mon âge; des terreurs les jours de grands orages; des pillages de récoltes dans des champs ennemis et de longues béatitudes aux bords des ruisseaux, dans les clairières silencieuses. C'est tout, car, en ce temps-là, des brumes étaient sur mon esprit qui ne se déchirèrent que plus tard.
Quand je fus grand, je m'aperçus avec surprise que les anciens la harde[1] dont je faisais partie me regardaient avec déplaisir; cela me causa de la tristesse et je voulais croire que je me trompais; cependant, je pus me convaincre que, malgré les avances que je leur faisais, tous s'éloignaient de moi. Je cherchais la cause de cette aversion et je découvris bientôt, en voyant mon image dans un étang qui me reflétait, que je n'étais pas semblable aux autres. Ma peau, au lieu d'être grise et terreuse, comme celle de tous les éléphants, était d'une couleur blanchâtre, rose par endroits. D'où cela pouvait-il venir? Une sorte de honte s'empara de moi, et je pris l'habitude de m'écarter du troupeau, qui me repoussait, et de vivre en solitaire.
Un jour que j'étais ainsi triste et humilié, loin des autres, j'entendis un bruit léger dans le taillis. J'écartai les branches avec ma trompe et j'aperçus alors un être très singulier qui marchait sur deux pattes et, cependant, n'était pas un oiseau.