[Chapitre XXII]
LA FUITE
Les jours suivants, Parvati ne vint pas me voir. Je l'apercevais de loin, errant dans les jardins, toujours en compagnie du noir Baladji-Rao dont le turban blanc, lamé d'or, brillait sur le vert sombre des buissons.
Peut-être ma princesse voulait-elle me punir de m'être montré si haineux et si mauvais, peut-être redoutait-elle de ma part quelque mouvement de rage; mais son absence envenima mon chagrin, ma haine s'augmenta contre celui qui me privait d'elle, et la pensée homicide devint une obsession de mes jours et de mes nuits.
Le palais était tout en rumeur à cause des préparatifs des noces. On vint m'essayer un caparaçon de brocart d'argent, brodé de perles et de turquoises, une couronne de plumes, et un houdah en filigrane d'or dans lequel devaient s'asseoir les fiancés le jour de la cérémonie, car c'était à moi que l'on réservait l'honneur de les porter, dans la marche triomphale qu'ils devaient faire à travers Golconde.
Mais, à mesure qu'approchait le jour du mariage, mon désir de tuer le prince grandissait, et je pris soudain, pour éviter de commettre un crime, une détermination bien douloureuse.
Je résolus de quitter le palais, de m'enfuir.
Quitter Parvati! quitter le prince et Saphir-du-Ciel! Ces êtres qui m'avaient fait une vie si douce, si libre et si heureuse! m'en aller au hasard des aventures, redevenir sauvage peut-être! Comment pourrais-je supporter un tel chagrin, un tel malheur!