Au milieu de la clairière s'élevait un gros tas de fruits et de légumes frais. Les éléphants, à la nuit, s'éparpillaient dans les champs et les vergers voisins de la forêt, et là, pillaient ce qui était nécessaire à leur nourriture. Au retour, ils rapportaient ce qu'ils n'avaient pu manger et mettaient en commun leur butin. Je les voyais en jouir tranquillement. De temps à autre, l'un d'entre eux allongeait la trompe, prenait quelques fruits ou quelques légumes et les mâchait lentement, l'air heureux et comme bien sûr que nul ne viendrait le déranger.

Plusieurs dormaient; et pourtant, malgré l'apparence alors calme et pacifique de ces éléphants, on les sentait d'un caractère farouche et prêts à se défendre ardemment contre tout intrus; aussi je tremblais en m'approchant d'eux.


LES ÉLÉPHANTS ME CHASSÈRENT D'AUPRÈS D'EUX.


Je cherchais quelle gémissement pouvait les attendir, lorsque l'un deux m'aperçut et poussa un grognement rauque pour donner l'alerte à ses compagnons; aussitôt ils tournèrent la tête; ceux qui mangeaient interrompirent leur repas et les dormeurs s'éveillèrent. Tous me regardèrent, et, dans leur regards, je me distinguai nulle sympathie pour celui qui venait troubler leur quiétude. Je fus sur le point de fuir, sans même tenter de les toucher, mais mon désir d'apaiser ma faim me retint et, dans le langage des éléphants, je leur dis à peu près ceci:

—Mes frères, je suis un malheureux bien inoffensif et qui ne songe aucunement à vous nuire. Voilà longtemps que j'erre au hasard sans trouver d'asile et, si vous ne m'assistez, la faim m'aura bientôt tué. Ayez pitié de ma détresse; donnez-moi un peu de vos provisions et, en échange, je vous rendrai tous les services que vous exigerez de moi.

Ces paroles ne les émurent pas. Ils se disaient entre eux: