Elle était folle des japonaiseries. Elle prenait son opérette au sérieux. Elle voulait qu'autour d'elle, bibelots et soieries, tout fût du temps, du temps de Bouddha Ier. Je dévalisais les boutiques de vendeurs de netzskés pour peupler de drôleries ses étagères, et je me rappelle sa joie, sa joie d'enfant lorsque j'arrivai, un soir, précédant un commissionnaire qui portait sur ses bras, comme une nourrice son nourrisson, un gros Bouddha doré que j'avais découvert au fond d'un magasin de bric-à-brac, rue des Martyrs! Ah! le beau Bouddha! Presque grandeur nature, mon cher, accroupi, les mains jointes, tout doré, mais d'un or rouge à reflets sanglants, d'un ton tout particulier qui rappelait le cuir de Cordoue et les faïences mezzo-arabes, un Bouddha au crâne rose, et dont la bonne figure paterne, les yeux mi-clos et le sourire béat, un sourire indulgent et las, illuminait une face luisante avec une paire d'oreilles longues d'ici à demain!...
Quand elle l'aperçut tout luisant d'or rouge entre les mains du commissionnaire; quand elle le vit apparaître sous la portière de soie de Chine soulevée, Antonia salua le Bouddha d'un grand cri d'enfant joyeuse suivi d'un long éclat de rire:
—Ah! Bouddha! Voilà Bouddha!... Vive Bouddha!
Et elle frappait dans ses mains, elle me sautait au cou.
—Mon petit Edmond! Oh! comme tu es gentil!... Un Bouddha!... Ça me manquait! Il ne ressemble pas du tout Lafertrille, du tout, du tout!... Il est joliment mieux! Où le mettrons-nous?... Parbleu, là, sur la cheminée.... Je ferai faire une planchette.... Ah! le beau Bouddha!
Puis, avec des airs respectueux, elle s'avançait vers le Bouddha que nous avions posé sur la table, et, prenant les poses de la petite mousmée:
Ah! Bouddha,
Cher Bouddha,
Doux Bouddha!
Elle chantait de sa voix de théâtre, s'interrompant tout à coup parce que je riais, pour me dire: