—Oh! nous avons nos petits secrets!
—C'est, dit alors le petit à M. de Solis d'un air entendu, des dames qui viennent comme ça voir comment que va maman, qui est malade.... Et alors donc hier....
Mais Éva interrompait le petit, voulant lui laisser le plaisir de rapporter lui-même le bracelet à Sylvia.
—Suis-nous, mon enfant.
Et elle prenait, avec le marquis, le chemin de la villa, pendant que le gamin, marchant à leurs côtés, expliquait, doucement, d'une voix un peu traînante, la vie qu'on menait, dans cette maisonnette de pêcheurs où parfois venaient les Américaines, la demoiselle qui était là et l'autre.
Oh! on avait eu de la peine, cet hiver, chez les Ruaud!... Le père avait eu un frère mort à la mer, du côté d'Ostende. Ils étaient associés, les deux frères. Et la mère souffrait, geignait, depuis des temps, avec les fièvres. Lui, le petit, se faisait quelques sous par jour avec ses ponts, pendant l'été. L'hiver, il allait à l'école. Quand il serait grand, il serait marin, comme le père Ruaud, marin de l'Etat d'abord, puis pêcheur, comme tous les siens.
Et, tout en racontant cette humble vie, laborieuse, triste—il arrivait devant la villa des Norton—et Éva, ayant demandé si mistress Norton était chez elle, la jeune fille disait au petit Ruaud:
—Allons, viens! Viens te faire remercier par l'autre!—Vous entrez aussi, monsieur de Solis?
Georges hésitait. Il lui semblait qu'il commettait une indiscrétion en revenant, si vite, chez Sylvia. Mais aussi pourquoi, puisqu'il accompagnait miss Meredith, ne lui servirait-il pas de cavalier jusqu'au salon?