Georges prit le parti le meilleur pour cacher son émotion, ce fut d'essayer encore de rassurer Norton en riant. Allons! Richard exagérait! Son état d'esprit lui montrait des fantômes où il n'y en avait pas. Comment Mme Norton n'eût-elle pas été heureuse, dans la vie qu'il lui donnait, et aimée comme elle se sensait aimée par lui?

—Voulez-vous que je vous dise? fit Solis, vous êtes injuste envers le sort. Vous vous plaignez d'être trop heureux.

—Je sais ce que je dis. Mais, après tout, quoi! il faut bien accepter les choses comme elles sont. Je vous demande pardon, seulement, de vous avoir ennuyé de ce que vous appelez mes fantômes.

—Non, pas ennuyé, interrompit Georges, attristé.

—C'est à peu près la même chose. Là-dessus, je vous prie de m'excuser, cher ami. Même à l'heure qu'il est, j'ai ma correspondance à achever. Quelques lettres à écrire, comme on dit dans vos comédies. Oubliez donc mon verbiage. Je ne suis pas bavard d'ordinaire. Mais, aujourd'hui, je me suis terriblement rattrapé. Je vous le répète: pardon. On a toujours tort de parler.

—Même à un ami?... fit M. de Solis, un peu contraint.

—Oh! mon cher, quand on se confie à un ami qui ne vous aime pas, on l'ennuie, et à un ami qui vous aime, on l'attriste! Allons, à demain!

Et, imperceptiblement, le marquis hésita à serrer la main que lui tendait le mari.


[VII]