Assis en face l'un de l'autre, ces deux hommes croisaient leurs regards comme ils eussent croisé une épée; et, s'efforçant de rester impassible devant le mari réclamant son droit, M. de Solis répliquait:
—Cette calomnie, j'ai marché droit à elle dès que je l'ai connue!
—Eh bien, fit Norton, en vous battant pour une honnête femme, vous la compromettez! Moi seul ai le droit de m'occuper de son honneur qui est le mien!
—C'est-à-dire?
—Que vous ne vous battrez pas avec le colonel Dickson, et que le colonel, ayant insulté mistress Norton, c'est à moi qu'il doit compte de l'outrage!
M. de Solis resta un moment sans répondre, puis, avec un léger rictus des lèvres qui semblait souligner l'impossibilité de cette substitution d'un adversaire à un autre:
—J'ai envoyé mes témoins au colonel. La rencontre est décidée. L'heure est fixée. Je ne puis, sous aucun prétexte, ne pas me trouver à un rendez-vous que j'ai demandé moi-même.
—Il faut pourtant, répondit vivement Richard, que, pour l'honneur de celle dont vous me parlez, l'adversaire du colonel Dickson soit le mari de mistress Norton!
—Pourquoi?