—Mais digne de l'être, vous avez raison! répondit-elle.

Et Bernière se pinça les lèvres, pendant que la belle Arabella lui disait avec son gentil accent yankee:

—Ecoutez donc ce morceau, monsieur le vicomte! Il est encore mieux quand je le joue sur le violoncelle!

—Et, après tout, continuait Fargeas qui s'était levé, ce qui convenait le mieux à votre chère malade—qui n'est plus aussi souffrante, non, madame, non, vous n'êtes déjà plus très intéressante—c'était la distraction, les voyages, le changement d'air... la terre est grande! Et la meilleure ordonnance, neuf fois sur dix, s'écrit sur un ticket de chemin de fer! Système excellent, d'ailleurs! Si les malades guérissent à distance, le médecin en a tout le mérite. S'ils ne guérissent pas, il n'en a plus la responsabilité.... Il est si loin.

—Alors, dit encore Norton, j'ai transporté à Paris une partie de ma galerie de tableaux; j'ai fait meubler, rue Rembrandt, la chambre de mistress Norton, de manière à ce qu'elle se crut à New-York, «chez nous», dans notre maison américaine, et j'espère bien que Paris aidant, et Trouville par-dessus le marché, je ramènerai là-bas ma femme souriante, guérie, et pour toujours—ah! le beau rêve!—heureuse!

—J'y compte bien aussi, fit le docteur Fargeas. Et Mme Norton n'a pas mis mes ordonnances en défaut. Plus de nerfs, n'est-ce pas?

—Plus du tout, répondit Sylvia qui s'efforçait de sourire.

—Oh! les nerfs, les nerfs! ajouta Mme Montgomery en riant. Une femme s'en sert comme de son éventail, pour les besoins de sa cause. Est-ce qu'on a des nerfs?

Le gros Offenburger s'était approché, les yeux allumés, quand Norton avait parlé de ses tableaux, comme s'il eût entendu compter un sac d'écus. Collectionneur d'œuvres d'art, il savait que la galerie Norton était célèbre.

—Diable, cher monsieur Norton, vos tableaux, disiez-vous, vous les avez fait transporter en France?