—Lequel? Le pessimisme?

—Puisque cela s'appelle comme ça!

—Oh! tu sais, je ne suis qu'un pessimiste platonique, moi; il y en a de plus forcenés. J'en connais qui trouvent que le monde est mal fait et, se déclarant dégoûtés d'une telle destinée et prêts à la quitter, s'évanouissent si l'œuf à la coque qu'on leur sert n'est pas assez frais. Le pessimisme pur est une des formes du sybaritisme. C'est l'art de médire de la vie en avalant des timbales milanaises. Le pessimisme s'affirme surtout à table entre des femmes charmantes et des mets choisis.

—Et ça ne te semble pas ridicule?

—Non. Ça me semble drôle. Et tant que ça dure je suis le courant, comme je suis la mode pour mes smocking-jackets et mes chapeaux, sans l'exagérer. Mais c'est un chapeau déjà démodé le pessimisme dont les décadents se sont coiffés. On ne porte plus cela qu'en province. Aussi, tu vois, je l'use à Trouville. A Paris, l'hiver prochain, nous porterons autre chose. Et ce sera la même chose! Identiquement.

Ils marchaient lentement, trouvant du plaisir à causer, et Solis, maintenant, essayait de prouver à son cousin que son affectation de pessimisme, ce sport de décadentisme dont Bernière se moquait lui-même, étaient pardonnables à la condition que la comédie eût une fin.

—Et quelle fin?

—Oh! la plus simple du monde. Donne-toi un but dans la vie.

—J'en ai un: tuer le temps!

—Travaille.