—Eh! eh! c'est un travail que d'exister!
—Ne dis pas de sottises, puisque tu n'en fais pas! Alors tu ne songes pas à te marier?
—Et toi?
—Oh! moi, fit Solis, dont la voix parut à Bernière devenir plus sérieuse, moi, j'ai ma mère!
—Et moi, j'ai moi. Et il y a une énorme différence entre nous, dit le vicomte. Je ne parle pas de l'âge, ma parole, tu es plus jeune que moi, non seulement par l'enthousiasme, mais par l'aspect même. Mais je ne tiens pas à aliéner ma liberté, pour parler comme M. Prudhomme. Tandis que ta mère.... Ah! ta mère, pauvre chère femme, elle serait si heureuse de te savoir un foyer, de se dire que tu ne vas pas repartir pour patauger dans les boues du Tonkin, que tu resteras, que tu lui resteras, et que—tu connais les contes de fées—«ils furent très heureux et ils eurent beaucoup d'enfants».
—Je ne crois pas aux contes de fées! dit Solis.
Bernière, gaiement, se mit à rire.
—Ah! ah! les voilà les enthousiastes, les voilà bien!
Et il imitait le débit amusant de quelque acteur à la mode:
—Ils ne croient pas aux contes de fées et nous y croyons, nous, les pessimistes! Nous ne croyons même qu'à ça! Ah! il n'y a plus de contes de fées? Mais, malheureux, tu crois donc peut-être à l'Histoire, cette gigantesque blague? Il ne te manquerait plus que de croire aux journaux, pour être complet!