Il redevint brusquement sérieux en frappant sur l'épaule de son cousin:
—Comment ne pas croire aux contes de fées, quand on voit ma tante! Ah! moi qui n'ai plus ni père ni mère, je te l'envie, celle-là. Et lorsque je dis que je n'ai point de mère, je suis un infâme ingrat, car elle m'aime comme une maman. Eh bien! je sais ce qu'elle pense, cette maman-là, je sais ce qu'elle espère; elle ne te le dira peut-être pas—mais c'est de vieillir auprès de toi, à côté de toi et d'une autre et de devenir grand'mère, comme dans ces admirables contes de fées que tu blasphèmes, faux croyant que tu es, paladin qui nie la chevalerie!
Solis s'arrêta, essayant de déchiffrer, dans cette claire nuit, sur le visage de Paul, le degré de sérieux de cette confidence.
Alors, c'était vrai? La marquise avait souvent parlé à son neveu de ce rêve: le mariage de son fils?... Elle y songeait autrefois, Georges le savait bien, mais le temps avait passé. Y pensait-elle encore?
—Si elle y pense? Mais, mon cher, elle ne pense qu'à ça. Et veux-tu que je te dise? Ta n'as qu'à te bien tenir si tu veux rester garçon! Ta pauvre mère étudie les jeunes filles à peu près comme la mère Dickson suppute les jeunes gens disponibles.... Elle doit avoir rêvé de pêcher une bru à Trouville-sur-Mer!
—Tu es fou! dit Solis.
—Très certainement. Seulement, je ne suis pas bête. Et, crois-moi, pour peu que tu sois las de la vie de nomade et qu'une femme te plaise—pas Arabella, par exemple, je ne te conseille pas Arabella—tu causeras une fameuse joie à ta mère en lui demandant de l'accepter pour fille. Ça, c'est le secret de ma tante. Elle ne t'en parlera peut-être pas, je te le répète. Mais je t'en parle. Et je vais te dire une chose: si mon mariage à moi pouvait pousser au tien, ma parole, je serais capable de me sacrifier et de descendre, un matin, sur la plage et de jeter mon cœur à la volée, dans le tas.... Pas à Arabella, non, Arabella exceptée! Trop belle pour moi, Arabella!
—Prends garde, fit le marquis sans répondre aux conseils de son cousin, c'est peut-être celle-là qui te menace.
—C'est possible. La vie est si drôle. Mais elle serait moins drôle avec cette compagne évidemment marmoréenne.
Ils étaient arrivés, au bout de la rue, devant la maison où logeait Mme de Solis.