—C'est le jour dit-il.

—Ah! le jour!

Fargeau regarda le corps de M. de Bruand et hocha la tête.

—J'avais espéré un moment, dit-il, que tout cela était un rêve!

—Cela, dit M. de Rives, c'est pour moi le réveil... Mon pauvre Bruand!

Les journaux inséraient, ce soir-là, les lignes suivantes à la colonne des faits divers:

«Aujourd'hui ont eu lieu, en présence de quelques amis, les funérailles de M. le comte Léon de Bruand. Plus à plaindre peut-être que la victime, le vainqueur de ce duel, M. Fernand Terral, s'est réfugié à Bruxelles, où il attendra la fin de l'instruction. On pense que l'affaire viendra devant le jury avant la fin du mois prochain.»

Paris s'était vivement préoccupé de ce duel; puis, avec le temps, il l'oublia, et ne s'en souvint que lorsque la publication du procès devant la cour d'assises vint lui rappeler qu'il avait eu lieu. Dès l'ouverture de la première audience, Terral s'était constitué prisonnier. Son attitude parut excellente dans l'auditoire, aux journalistes qui rendirent compte des débats et surtout aux femmes. Cachemire se fit remarquer par une toilette tapageuse qu'on eut envie d'applaudir. Les jurés acquittèrent Fernand Terral à l'unanimité. Célestin Fargeau s'était montré excessivement calme dans sa déposition. Mais à la sortie de l'audience, il se heurta contre Fernand Terral, et lui lança un regard ironique qui n'était pas exempt de menace. Il avait cependant promis d'oublier! A ce regard, Terral ne répondit rien. Il était libre, très-connu maintenant, presque illustre.

La pomme d'or était là, à portée de sa main; il n'avait plus qu'à la cueillir! A quoi bon s'attarder en chemin?

Le soir même, il se montra au théâtre, dans une avant-scène, avec Cachemire et l'attention de toute la salle fut pour lui.