—C'est juste, dit Terral amèrement. Voici ma main, tiens!

—Tu sais, fit-elle, je t'ai bien aimé, va...

—C'est possible.

—Tu ne me crois pas? Écoute, je t'aime encore, va... Je le sens... Oui, je t'aime. Seulement, que veux-tu? Je suis née pour tout ce luxe... Je ne pourrais pas vivre sans cela. J'aime mieux mourir jeune, éreintée, poitrinaire et avoir eu tout, chevaux, voiture, cachemires, soupers, le diable! Tu m'as donné tout cela, tu ne peux plus me le donner. Je vais ailleurs, il ne faut pas m'accuser. C'est ma nature. Mais si tu voulais,—songe donc,—si tu voulais, vois-tu, cette vie-là, nous la partagerions... Tu en aurais ta part... Tu sais, je me cacherais comme autrefois—pour t'aimer—et ce luxe, qui est ma vie, je te l'apporterais chez toi, en te disant: Voilà ta part!

—Tu es folle, dit Terral en la repoussant, et tu te trompes toi-même, aveugle que tu es. Demain, pas plus tard que demain, tu songerais à me fuir, comme tu y penses à présent. Et qui te dit que je toucherais à ta part de festin?... Misère, je suis tombé bien bas, mais je ne suis pas encore de ceux-là. La lutte, oui, la lutte à main armée au besoin, contre tout et contre tous, mais la bataille et non pas la vie hideuse de celui qui marche derrière une femme, et ramasse les miettes d'un pain mal gagné! j'ai pu t'emprunter quelque chose, je croyais te rendre tout et davantage, mais accepter... Tu ne sais donc pas ce que tu me proposes-là? Parbleu, non, tu ne le sais pas. Seulement un jour viendrait où tu me jetterais le tout à la face et où je rougirais d'avoir... car j'ai bien peur, imbécile que je suis, de pouvoir encore rougir.

—Ah! tu es bête, va! s'écria Cachemire moitié souriante, moitié blessée... Si tu savais!

Un coup de sonnette coupa net la phrase qu'elle allait commencer. Elle tressaillit...

—C'est lui? demanda Terral froidement.

Cachemire ne répondit point.

—Je ne voudrais pas le rencontrer, continua Terral dont la voix tremblait.