—Il est fort joli, et vous va bien.

—Vous voyez que vous ne le savez pas!

—Je vous le dirai tout bas, ce soir, au dessert, à la Maison-d'Or. Tenez-vous à le connaître?

—Oui, dit Cachemire.

Elle entra à la Maison-d'Or, qu'elle ne connaissait pas encore, comme une reine entre chez elle. Elle monta l'escalier, la tête haute, impérative, insolente, charmante. Elle était jolie à ravir; son teint, ordinairement un peu pâle, animé ce soir-là, rayonnait. Ses yeux jetaient feu et flammes. Elle avait des dents à tout croquer.

Léon de Bruand en agit avec elle comme on fait avec les jeunes tigres. Il lui tendit, jour par jour, juste ce qu'il voulait qu'elle dévorât,—non pas son cœur, mais le bout des doigts,—puis la main tout entière, et un peu le bras, au sortir des théâtres. Dès lors, Cachemire fut à la mode. On félicita Léon sur sa découverte. On jeta des bouquets à Cachemire quand elle chanta des couplets de revue. Le comte lui meubla un entresol rue Taitbout. Elle donna des soirées.

Elle reçut des lettres, des déclarations, des vers. Elle eut des articles dans les journaux. On cita un jeune Valaque qui tenta de se suicider pour elle. On la chercha aux premières représentations; on détourna les lorgnettes du cheval à la mode pour lui donner un coup d'œil, à elle, aux courses. Les photographes implorèrent qu'elle vînt poser chez eux, en passant. Les collégiens achetèrent ses portraits—cartes, pour les contempler, le soir en se couchant, ou à l'étude, derrière leur pupitre éperdûment levé. On fit même sa biographie.

Le père Labarbade rentra un soir chez lui, après une course à Fontainebleau, avec des yeux rouges.

—Qu'as-tu? lui demanda sa femme.

—Rien!