Un soir, au cercle, Gontran de Rives prit à part M. de Bruand, et le conduisit jusqu'au boulevard tout en fumant.

—Mon cher ami, lui dit-il, savez-vous ce qui m'a été dit, ce matin? Vous vous en moquez sans doute parfaitement. Mais on m'a assuré que mademoiselle Cachemire s'est montrée, l'autre soir, avec un créole quelconque,—cheveux de jais, moustaches noires,—dans une avant-scène des Délassements.

—Ah bah? fit Léon en souriant.

—Charmante, mademoiselle Cachemire, mais si elle goûte à l'avant-scène des Délassements-Comiques...

—On s'est trompé, mon cher Gontran, répondit Léon. Je n'ai pas quitté Cachemire durant une seule soirée depuis quinze jours.

—Je retire donc ce que j'ai dit. Quant à moi, vous savez bien, Géraldine?

—Parfaitement.

—Je l'entraîne à la campagne. Elle m'adore. Je me construis un Eden à quelques dix lieues d'ici, et, jusqu'à ce que le caprice soit passé, je mène une vie de berger d'Arcadie, en mangeant du raisin, de l'amour et du fromage à la crème! Je vous enverrai mon adresse campagnarde. Adieu!

M. de Bruand n'avait pas mis en doute une minute qu'on se fût trompé. Mais il tenait à ne point parler plus longtemps de Cachemire avec M. de Rives.

—Qu'est-ce que ce créole? se dit-il une fois seul. Le diable m'emporte s'il parviendra à me rendre jaloux. Mais il est désagréable de savoir qu'un monsieur qu'on ne connaît pas se plaît à marcher sur vos brisées!