—Je me bats demain.
—Bonne chance, dit le prévôt.
—J'en aurai, répondit Fernand.
Il emmena ses témoins dîner avec lui au restaurant, près de la barrière. On les servit dans le jardin, sous les acacias. Il y avait autour d'eux des familles d'ouvriers qui, au dessert, chantaient en s'accompagnant sur leurs verres. Terral paraissait extrêmement gai. Il ressemblait à un homme qui, sentant approcher l'heure décisive de sa vie, se contraindrait à sourire pour faire bon visage à la fortune.
Ce n'était pas, d'ailleurs, le duel en lui-même qui lui importait, mais les conséquences du duel. M. de Bruand était assez connu dans le monde parisien pour que sur son adversaire, heureux ou malheureux, rejaillît une bonne partie de sa renommée.
—Que je le blesse ou qu'il me blesse, songeait Fernand, le résultat sera le même pour moi, et tout aussi profitable. Il se peut faire pourtant que je succombe... il peut me tuer.
Mais rapidement la réflexion succédait à la réflexion, et il ajoutait bien vite:
—Bast! les morts sont arrivés, et je n'aurai pas à me préoccuper de l'avenir.
Il quitta ses témoins assez tard, leur donnant rendez-vous pour le lendemain. Il rentra chez lui, seul. Il entendit du bruit dans sa chambre. C'était Cachemire qui était venue.
—Ah! mon pauvre Fernand, dit-elle en se jetant à son cou, il y a longtemps que je t'attends là. Tu te bats, dis?... n'est-ce pas que tu te bats? Je ne veux pas que tu te battes, moi!