—Ma chère amie, fit Terral, à cette heure il me faut tout mon sang-froid. Ce que j'ai résolu se fera, vous le concevez bien. Laissez-moi.
—Mais s'il allait te tuer, songe donc! Qu'est-ce que je deviendrais, moi?
—Tu es folle. C'est pour me dire cela que tu es venue ici? J'ai besoin d'être seul.
—Ah! voilà que tu me chasses, à présent? Tu ne m'aimes plus, tiens!
—C'est pour vous que je me bats, ma chère enfant, vous l'oubliez!
—Oui, dit Suzanne en lui prenant les mains, tu as raison... Je suis une ingrate... Mais, vois-tu, j'ai tellement peur de te perdre... Ah! ce monsieur de Bruand, si tu savais comme je le déteste. On dit qu'il est très-fort aux armes?... le sais-tu?... A quoi vous battez-vous?
—A l'épée.
—Voilà. J'ai peur, moi. Rassure-moi, dis-moi quelque chose. Tu te défendras bien, mon Fernand?
—Je me défendrai, dit-il brusquement. Écoute, ajouta-t-il un moment après, mais laisse-moi: ma première visite sera pour toi, demain, après le duel.
—Oh! tu me trouveras debout, va. Je ne dormirai pas. Seulement tu as raison, je m'en vais. Je te laisse là. Mon pauvre Fernand, je ne t'ai jamais autant aimé!