Les années écoulées revivaient dans ces papiers ensevelis côte à côte. Ses premiers espoirs, ses ivresses premières lui revenaient comme des parfums mal évanouis. Il les respirait avec une volupté attendrie, passant en revue, et sans amertume, toutes ses déceptions et toutes ses souffrances.
Parfois il prenait une lettre au hasard, la relisait, se trouvait subitement transporté vers un temps qu'il avait oublié, et il revivait, en une minute, parfois toute une année de bonheur.
—Ah! le souvenir, dit-il tout haut, tout à coup, comme si on l'eût écouté, il n'y a décidément que cela au monde.
Il entendit, en ce moment, qu'on frappait à sa porte.
Il eut un geste de mauvaise humeur. Ne pouvoir demeurer seul un moment!
—Qui est là?
Peut-être un importun!
—C'est moi, dit la voix de Fargeau.
—Vous, mon ami? Entrez.
Fargeau paraissait grave, ennuyé. Il y avait une ride profonde entre ses deux gros sourcils.