—Je comptais vous trouver seul, dit-il. Je viens causer un peu.

—Et vous arrivez bien, dit Léon de Bruand. Je mets en règle mes affaires.

—Allons donc! fit Célestin. Cela en vaut-il la peine?

—Non. Aussi bien n'est-ce pas à cause de ce duel. Mais, insensiblement, songeant à tous les heurts de la vie, j'ai été amené à ressentir comme une soif de souvenirs... J'ai ouvert ces lettres... Cela m'a soulagé.

—Les bains de passé, dit Fargeau, c'est souverain pour ceux qui ont le moindre bonheur derrière eux. Pour moi, je retournerais bien cinq cents fois la tête que je ne verrais rien, pas un sourire.

—Vous voilà triste, fit Léon avec étonnement.

—Oui... On a des moments comme cela... C'est ce maudit duel!... Le diable soit de ce M. Terral... J'ai donc encore un fonds d'illusions? L'ambition de cet homme m'avait un moment séduit. J'y voyais la légitime impatience d'une âme qui sent sa force. L'âme? Imbécile! Il ne s'agissait que d'appétit! Ah! depuis ce matin, j'ai beaucoup songé, tout en fumant ma pipe... Vous évoquez votre passé? Ce n'est pas le Fargeau d'à-présent qui vient de vous parler, mais le Fargeau d'autrefois... celui qui vous a connu tout enfant et qui a fait de vous un homme.

—Vous êtes un brave garçon, tenez, dit Léon.

—Un peu bien bohême!... Mais si l'on creusait... Ah! que cette nuit va me sembler longue!

—Passez-la ici.