— L’autre jour, ma chère enfant, à l’Astley Circus, près de Westminster Bridge, où j’étais entré pour voir une pantomime sur Tippoo-Sahib, vous savez, leur ennemi, — il leur donne du fil à retordre dans l’Inde, — une pantomime qui fait fureur, j’ai lié connaissance avec le vicomte de Mornac... Le vicomte, bon cavalier, figure un officier français parmi les acteurs du mimodrame... Eh! je monte à cheval mieux que lui et j’ai appris à lire dans le traité de Pluvinel... Quand je n’aurai plus le sol, je cavalcaderai au cirque Astley. Voilà!
— Et, moi, je chanterai, au café-concert, des chansons françaises!
— La Vendéenne! La Marseillaise des Émigrés!
— Ou les couplets de La Folle Journée:
Or, messieurs, la comédie...
...Tout finit par des chansons!
Ils riaient; mais la petite Lise ne voyait pas sans tristesse, quand elle interrogeait son miroir, ses pauvres joues devenir maigres, et le petit marquis notait avec inquiétude la fréquence des accès de toux qui amenaient un peu de rougeur aux pommettes de la jolie fille. Il se demandait si le printemps de France, ce printemps qu’avril ramenait, n’enlèverait point la pâleur du visage de cette enfant.
— Patience!... Patience!...
On assurait que, bientôt, une expédition française, conduite par des jeunes gens intrépides et où les vieux officiers de la marine française avaient noblement accepté de s’enrôler en simples soldats, une entreprise hardie, bien conduite, décisive, allait avoir raison de Messieurs les Jacobins. Unis aux gars de la Vendée, les volontaires embarqués à Plymouth marcheraient sur Paris. Ce serait vite fait. Un combat. Quelques étapes.
— Et vous reprendriez peut-être avant peu votre rôle de Fanchette, ma petite Lise!