Alors, le marquis sentait ses yeux se remplir de larmes. Il étouffait, lui aussi, mais d’émotion contenue, lorsque la frêle voix douce s’élevait, ironiquement joyeuse, et que, délirante, Fanchette, la pauvre Fanchette, répétait, en imitant M. Préville:
...Tout finit par des chansons!
Sur les lèvres sèches de la malade, elle revenait constamment, aux heures de délire, comme une obsession constante, la ritournelle du Vaudeville, et, pour Hector, cet air narquois devenait poignant et navrant, une sorte de cantique funèbre. Il se détournait violemment pour que Fanchette ne vît point ses larmes. Mais pouvait-elle voir? Voyait-elle autre chose que les lointaines images de ses songes? Elle était perdue. Le marquis avait la terreur qu’on lui dît:
— Elle ne sera plus là bientôt.
Il était certain de l’atroce sentence, et, pourtant, il n’osait interroger le docteur. Il avait peur de la réponse. Huit jours! Avant les huit jours, si Fanchette l’avait quitté, quitté pour toujours? S’il se trouvait seul dans le monde, cet amour brisé, ce pauvre amour, idylle de son exil, emplissant toute sa vie?
Il se sentait trembler, puis il se redressait, espérant, voulant espérer contre tout espoir. Allons donc! Fanchette était jeune! On ne meurt pas ainsi, à vingt ans! Mais il se rappelait la jolie Olivier, Mlle Olivier dont Fanchette avait envié la destinée. Et il frissonnait en se répétant que Chérubin avait évité l’âge des rides.
Il passait à veiller Fanchette les nuits entières dans un fauteuil. Elle le suppliait de prendre du repos.
— Mais, je me repose! Si j’étais à l’armée des princes, je dormirais moins encore! D’ailleurs, je dors, Fanchette, oui, je dors... et je rêve même de Paris!
— Ah! Paris! disait-elle, mais d’un ton triste comme si elle eût renoncé à la terre promise.