Une nuit (la dernière avant la semaine prescrite, les huit jours annoncés), le marquis s’était assoupi, Fanchette ayant laissé tomber, elle aussi, sa jolie tête amaigrie sur l’oreiller, lorsqu’il fut réveillé par un bruit violent de voix partant de la salle basse de l’auberge, où des marins chantaient, dansaient, fêtaient bruyamment il ne savait quel événement joyeux, — et, en écoutant, voilà qu’il distinguait des mots qui lui faisaient bondir le cœur, des injures aux marins français qu’on avait coulés en mer et à des frégates françaises chassées comme des mouettes peureuses...

Le chœur montait, brutal, ardent, farouche, accompagné de chocs de pots de bière et de trépignements de talons sur le sol. Les murs de l’auberge de L’Ancre et du Canon en tremblaient. C’étaient des matelots qui célébraient une victoire anglaise.

— Hurrah! Hurrah! Hurrah!

Le marquis avait envie de leur crier de se taire et, furieux, il allait le faire en descendant pour dire qu’il y avait, là-haut, une malade endormie, lorsque Fanchette se réveilla tout à coup et, peureuse, écoutant ce bruit qui montait, qui grondait, dit à Hector:

— Qu’est-ce que c’est? Est-ce qu’on vient nous arrêter? Qu’est-ce qu’on nous veut? Pourquoi ce tapage?

— Ce n’est rien, Fanchette. Rien... Des matelots qui s’amusent.

— Oui, mais il me fait mal, ce bruit... Oh! J’ai très mal... Je voudrais...

— Je vais leur dire...

Elle le retint vivement. Ses mains donnaient au marquis la sensation d’un fer rouge...

— Non, ne me quittez pas... J’aurais trop peur... Qu’est-ce que c’est donc que cette femme, cette grande femme qui est là et qui me fait des signes?