Et, lorsqu’il vit partir pour la Belgique les bataillons qu’allait commander le Duc de fer, il ne put s’empêcher de songer à ces pauvres braves gens du pays de France qui avaient, une fois encore, pris leur fusil et suivi leur empereur.
Mistress Sniddle lui avait dit un mot qui l’avait fait à la fois sourire et frémir:
— Monsieur le marquis, on assure que ce ne sera pas long. Une campagne de huit jours!
Dans huit jours! Mais la campagne débutait par un coup de tonnerre. Un nom nouveau était imprimé par les gazettes: Ligny. A Ligny, les Prussiens avaient été bousculés; le vieux Blücher, foulé aux pieds des chevaux, avait failli être sabré, fait prisonnier... Eh! eh! Boney avait au jeu de la mort retrouvé la chance!... Mais, tout à coup, explosion de joie dans l’immense Londres. Victoire! La nouvelle arrivait de la défaite française. Waterloo! Wellington! A Mont-Saint-Jean, la vieille garde écrasée. L’empereur en fuite. Les Alliés marchant sur Paris une fois encore. Et c’était un délire dans la cité, dans les parcs, à bord des bateaux de la Tamise. Vive le duc! Hurrah pour Wellington! Gloire à la vieille Angleterre! Alors, le petit marquis rentrait seul dans son triste logis de Crown Court, et, tandis que mistress Sniddle allumait, pour illuminer le logis, des chandelles de résine, Hector de Beauchamp d’Antignac fermait sa porte, rêvait dans l’ombre et se sentait invinciblement une envie de pleurer.
Pourquoi?
Pourtant, — et, cette fois, pour toujours, — Waterloo lui rouvrait les portes de la France!
La Cour de Gand reprenait le chemin de Paris. Le petit marquis pouvait reprendre la route de Saint-Alvère. Il se sentait pris, d’ailleurs (était-ce l’âge qui venait?), par une sorte de nostalgie qu’il n’avait pas éprouvée, même aux premières heures de l’exil. Les vignes, les ratoubles, les champs de blé d’Espagne, le petit riou courant au bas de la terrasse sur les cailloux blancs, tous ces paysages de son enfance, il avait, à présent, hâte de les revoir. Il laisserait au cimetière de Douvres le rêve enchanté de sa jeunesse pour retrouver au pays la tombe de ses vieux. Et puis, il était pressé aussi de revoir sur les Tuileries, et au-dessus des bataillons en marche, flotter le drapeau blanc fleurdelisé sous lequel avaient combattu ses ancêtres.
Il partirait donc. Oh! certes, pour tout de bon, il partirait! Il irait, une dernière fois, porter des fleurs à la pauvre Fanchette. Et, cette fois, les huit jours de proscription seraient enfin finis. Huit jours!
— Mistress Sniddle, je prends congé de votre Angleterre. Elle me fut pitoyable. Je lui dis adieu. Et je vous dis adieu aussi, bonne mistress Sniddle. Ma valise est bouclée. Dans deux jours, je me mets en route!
— Bon vent, bonne mer, monsieur le marquis!