Ses boucles d’oreilles portent des rubis.
Mais les bijoux les plus précieux
Ce sont ses ongles qui ressemblent à des perles,
Et ses prunelles qui brillent comme des diamants!...
— Margaret! Margaret! Margaret! murmurait alors Cornélius en fermant les yeux.
Et tous les soupirs du chanteur lui semblaient, pareils à une brise parfumée, monter comme un encens vers la belle fille.
Après l’avoir aimée de loin, il s’était fait présenter chez le père de Margaret, et maître Holtius, le négociant, avait cordialement accueilli le capitaine van Elven. Cornélius était jeune, un peu gros, mais doux et bon, et, en dépit de ses cheveux d’un blond jaune que le travail avait déjà rendus rares, Margaret se laissa aller à une sympathie profonde pour ce soldat qui lui avait dit un jour si simplement et si tendrement: «Je vous aime!»
Cornélius avait d’ailleurs tenu secrète, même pour Carlos, son ami, cette affection dont il ne pouvait parler sans compromettre un peu Margaret Holtius. Il venait enfin d’être agréé officiellement par le père, et il allait épouser la jeune fille lorsque l’ordre d’écraser définitivement les Chasseurs de têtes lui était arrivé. Avant de partir, il avait écrit à sa fiancée ces simples lignes: Si je meurs, ce sera en songeant à vous. Pour me porter bonheur, pensez à moi!
En entendant Adriaan-Carlos prononcer le nom de Margaret, Cornélius éprouva une émotion douloureuse que les paroles ironiques du capitaine Flink n’avaient pu jusque-là lui causer.
— Carlos, dit-il gravement, nous sommes nés tous deux dans le même village, et les maisons de nos parents morts se touchaient comme jusqu’ici se sont touchés nos coudes. Nous avons marché côte à côte dans la vie et la main dans la main. Il y a des frères qui se sont moins aimés que nous. Carlos, je te demande pardon de ne t’avoir pas dit que j’aimais Margaret. Mais, je venais justement te prier de vouloir bien être mon témoin le plus cher à l’heure de cette union.