Le petit marquis prit son lorgnon et regarda la jolie fille.

Une bouquetière, mais élégante, proprette et correcte, — et, tout à coup, corrigeant par un sourire son petit air triste, puisque quelqu’un tournait les yeux vers elle. Les fleurs étaient jolies comme la fleuriste, de ces fleurs qui s’ouvrent au soleil de Londres, jaunes et rouges, mais d’un éclat passager, où la rosée, sur les pétales, est encore une goutte de brouillard. Et, au-dessus des roses rouges ou des roses pâles, le visage de la bouquetière était plus frais, plus fin, d’un ton plus doux, d’une couleur plus vivante que toutes ces fleurs entassées. M. de Beauchamp pensait involontairement à de galantes images du chevalier de Parny ou de M. de Pezay. C’était, précisément, comme un bouton de rose qui se fût épanoui en une chair de femme: — une tête juvénile, un nez fin, des lèvres toutes roses, et, sous des cheveux blonds relevés, tirés et lissés sur les tempes, deux yeux d’enfant, des yeux faits pour le pétillement de la jeunesse et de la joie, mais qui, tout au fond de ce bleu de printemps, avaient une mélancolie vague, un regret, une songerie douloureuse, peut-être, passant là comme une nuée sur un ciel de mai.

— Voilà, vertubleu, se dit Beauchamp, une petite Anglaise qui est jolie comme une fillette de Greuze.

Et, traversant la rue, s’avançant et tendant la main vers une rose, il s’apprêtait à demander, en anglais: «How much? (Combien?)», à la jolie fille, lorsque la bouquetière, offrant son éventaire, dit, faisant rapidement une révérence:

— Fleurissez-vous, monsieur!

O stupéfaction! La fleuriste était une Française! Le marquis retrouvait là, devant ce théâtre fermé, en cette rue déserte, une compatriote perdue comme lui dans ce vaste Londres!

— Ah! bah! dit-il, nous sommes pays!

— Parfaitement, fit le petit Greuze.

— Mais à quoi avez-vous deviné que je suis Français?

— Et comment, vous, n’avez-vous pas deviné que je suis Française?