Ils mangeront des cigares de paille!
Dans le Zand-Straat, tout grouillant de monde, une foule énorme, des hommes, des femmes, des enfants accourus entouraient les soldats du capitaine Flink groupés devant les Rois Mages et défiant leurs rivaux de sortir. Des clameurs rauques montaient de ce tas de gens en délire. Des cailloux, des sous de cuivre, des souliers volaient de leurs mains et brisaient, de minute en minute, un carreau de plus. On entendait jaillir des insultes, de grossières injures de rustres, des défis qui sentaient le vin, le genièvre et la bière.
— Sortez donc! Mais venez donc dans la rue! Ils se blottissent comme des lapins! Holà! oh! les fumeurs de cigares, on a donc peur de s’enrhumer au grand air? Eh! fusiliers manques, voici des cigares de paille!
Et le refrain reprenait, entonné par des voix rauques, répété par la foule, refrain stupide, irritant et insultant:
Ils mangeront des cigares de paille!
— Et vous mangerez des bottelées de foin! répondit enfin un sergent de la compagnie de Cornélius en se montrant brusquement à une des fenêtres des Rois Mages.
On eût dit que les soldats groupés autour du musico n’attendaient que cette apparition pour se ruer sur le cabaret, enfoncer la porte et se heurter aux bancs de bois amoncelés.
— A l’assaut! En avant! cria une voix.
Et, par une poussée terrible, la foule des Flinkois entra, broyant la porte et les vitrages, dans le musico où les soldats de Cornélius attendaient comme une garnison assiégée.
— Assommez! assommez! cria la même voix qui semblait puer l’alcool. Il en restera toujours assez, des fumeurs de cigares! En avant et vive le capitaine Adriaan-Carlos Flink!