Allons, enfant de la patrie
Le jour de gloire est arrivé.
Et, farouches, menaçants, indomptables, les Marseillais, que les spadassins du comte d'Anglemont avaient juré de tuer un à un, à coups d'épée, chantaient la chanson nationale,—la Marseillaise, dont les notes de cuivre allaient retentir aux oreilles de tous les despotes d'Europe—pour que le roi, le premier, l'entendît.
Le roi appela un valet et fit un signe.
Le valet ferma la fenêtre.
Mais les Marseillais chantaient encore, et le roi les entendait toujours.
Paris était bien réellement divisé en deux camps. Aux Tuileries, le roi conspirait. Dans les rues, dans les clubs, la nation impatientée frémissait. Chose à noter, ce furent le pouvoir et ses séides qui commencèrent l'attaque. Les gardes du corps insultaient les députés, menaçaient les tribuns du peuple. Le peuple chargeait ses fusils, fourbissait ses piques, et attendait.
Dans la nuit du 9 août 1792, à minuit, le tocsin sonna. C'était le signal. Paris se soulevait en masse et marchait sur les Tuileries. Il y avait fête aux faubourgs. Au quartier général des Enfants-Rouges, on était joyeux en respirant par avance l'odeur de la poudre. La rue de Lappe, le faubourg Saint-Antoine, le faubourg Saint-Marceau, étaient illuminés. Aux municipalités, la foule était grande. Pâles, mais souriants, les présidents des sections annonçaient au peuple que l'heure était venue de vaincre ou de mourir.
La commune parisienne instituée par l'insurrection entrait à l'hôtel de ville et prenait en main la direction de la bataille[5].
[Note 5: Il ne faut pas la confondre avec cette Commune de Paris qui, plus tard, voulut la mort de la Gironde, et encore moins avec cette odieuse parodie de la Commune, cette Commune de 1871, qui a déshonoré jusqu'aux noms d'autrefois: fédérés, salut public, etc.]
La nuit était pleine d'étoiles. Nuit d'août, pacifique et sereine. Des silhouettes s'agitaient dans l'ombre lumineuse des rues. C'était un fédéré qui regagnait sa division, un sectionnaire qui se rendait à son poste, une femme qui portait de la charpie. Elle riait et se disait peut-être, en écoutant le tocsin qui, cette fois, semblait joyeux: