«Pour copie conforme: LEFEBVRE.»

«Recevez, monsieur le rédacteur, avec tous mes remercîments, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

«COMTE DE SOMBREUIL.»

III

A la lettre de M. de Sombreuil, nous répondîmes comme il suit:

Il faut en finir avec certaines légendes. L'histoire a longtemps été remplie de ces faits divers erronés, espèces d'herbes parasites que l'esprit de parti arrosait avec un soin pieux. La critique, à la fin, est venue; elle a arraché une à une ces touffes absorbantes, et fort heureusement les fables sont oubliées aujourd'hui ou jugées à leur valeur. L'herbe cependant repousse parfois, l'erreur trouve encore des esprits crédules. C'est pour ceux-là que je veux revenir sur un fait que je croyais depuis longtemps tiré au clair.

Le Grand Journal avait reproduit, il y a quelque temps, une partie de la chronique de l'Avenir national, où je contais comment Mlle de Sombreuil, lors des massacres de septembre, n'avait pu boire le fameux verre de sang demeuré légendaire, en dépit de la critique historique.

Le comte de Villelume de Sombreuil, fils de Mlle de Sombreuil, a adressé à ce sujet une lettre rectificative au rédacteur en chef du Grand Journal, et dans cette lettre M. le comte de Sombreuil croit répondre à notre article en reproduisant littéralement la légende que nous avons essayé de détruire, sans vouloir pour cela révoquer en doute l'héroïsme de Mlle de Sombreuil:

«Vers onze heures, on appelle le citoyen Marsault et le citoyen de Sombreuil. Le premier tombe frappé d'un coup de hache qui lui fend la tête; déjà le fer était levé pour atteindre M. de Sombreuil, quand sa fille l'aperçoit. Elle s'élance au cou de son père, qu'elle enveloppe de sa magnifique chevelure, et présentant sa poitrine aux assassins: «Vous n'arriverez à mon père, dit-elle, qu'après m'avoir tuée!» Elle reçoit trois blessures. Sa beauté, plus grande encore dans cette scène terrible, émeut un des assassins: un cri de grâce se fait entendre. Subjugués par cet ascendant qu'inspire forcément la vertu, et peut-être par l'irrésistible attrait de la beauté dans les larmes, les égorgeurs entourent le père et la fille, et l'un d'eux, lui présentant un verre de sang qui s'échappait de la tête de M. de Saint-Marsault, lui dit: «Bois ce sang à la santé de la nation, citoyenne, et ton père sera libre.» Elle l'avale d'un trait, et conquiert, par cet acte inouï de piété filiale, la liberté de son père.»

Voilà bien l'anecdote qu'on nous a tant de fois répétée, celle qui nous faisait frissonner à cet âge heureux où nous apprenions la Révolution française dans certains livres d'histoire si bien faits pour être étudiés au lendemain d'une lecture des contes de Perrault et des exploits de ses ogres. Voilà le fait divers illustre que M. Victor Hugo, parlant de Mlle de Sombreuil, revêtit un jour de sa poésie d'adolescent: