La présente question, du reste, a été traitée et discutée longuement dans l'Intermédiaire (année 1864), et, l'enquête terminée, il s'est trouvé que tous les témoignages concordent à faire rejeter comme fantastique l'incident du verre de sang. On voit pourtant que la légende n'est pas tout à fait morte. J'aurais été heureux, pour ma part, si j'avais pu contribuer à la détruire, dans l'intérêt de la vérité et de l'histoire.
Je ne voudrais pas rouvrir aujourd'hui un débat qui me paraît clos. Voici pourtant, à propos du verre de sang de Mlle de Sombreuil, une lettre et un document que je ne puis m'empêcher de passer sous silence. Le document en question est, croyons-nous, inconnu en France. Il vaut donc la peine d'être publié.
«Mon cher ami,
»Il y a deux ans et demi, M. Louis Blanc, répondant à une critique de la Revue d'Édimbourg qui mettait en doute l'exactitude de certains passages de son Histoire de la Révolution française, publia, en anglais, dans l'Athenæum (26 septembre 1863), une curieuse lettre qui lui était adressée par une vieille dame française, au sujet de l'épisode de Sombreuil. Cette dame, que ses opinions royalistes ne peuvent rendre suspecte de partialité, tenait de Mlle de Sombreuil elle-même le détail des faits qu'elle relate, et qui sont une preuve de plus contre la fable du verre de sang.
»Je ne sache pas que cette lettre ait été publiée en France. A tout hasard je traduis à votre intention ce précieux document, enchanté qu'il achève de vous donner raison dans l'intéressante polémique que vous avez si victorieusement engagée.
»Tout à vous.
»PAUL PARFAIT.»
Voici maintenant la lettre que M. Paul Parfait a bien voulu traduire pour nous:
«Cher monsieur Louis Blanc,
»Vous me demandez si rien n'est venu modifier mon opinion depuis le jour où je vous ai raconté la vérité, quant aux faits relatifs à Mlle de Sombreuil, pendant les journées à jamais lamentables de septembre 1792.