Combien regretteront cette Rotonde, sans compter les romanciers, qui en ont si largement usé lorsqu'il leur fallait un peu de pittoresque?
Mais de quoi n'use et n'abuse pas un romancier?
La demi-lorette y puisait tout un arsenal de séductions au rabais qu'elle revendait avec prime; la vanité du pseudo-gandin à la bourse légère y venait pourchasser l'élégance; la médiocrité y trouvait le nécessaire, et Mélingue, ce grand artiste plastique, disait un jour qu'il ne composait jamais un costume sans en avoir cherché les éléments dans les vieilles étoffes ou les habillements accrochés au Temple.
Car le passé, aussi bien que le présent, était le tributaire de la Rotonde, et toutes les grâces, et tous les atours des siècles évanouis se retrouvaient là, poudreux et dormant sous d'épaisses couches de guenilles.
Que de sources alimentaient le pandémonium des hardes!—Il y en avait même de bourbeuses.—Un exemple qui date de loin:
Le général Dorsenne, rival de Murat pour l'élégance militaire, tenait à se rendre digne de la parole de l'empereur Napoléon Ier, lequel disait:
—Voulez-vous voir le type du général français? Regardez Dorsenne un jour de bataille!
Il avait donc acheté un uniforme neuf et des plus magnifiques. Le départ étant proche, le costume avait été emballé avec les autres bagages, et Dorsenne se proposait de l'étrenner au premier combat.
La veille de son départ, il se rend à la Gaîté, où un nouveau drame de
Guilbert de Pixérécourt attirait tout Paris.
Le rideau se lève; un acteur entre en scène. C'est Tautin, l'artiste aimé, le grand-père de l'Eurydice d'Offenbach, Tautin vêtu d'un superbe costume de général.