Oudet s'appelait dans la langue des Philadelphes, Philipoemen.
D'autres se nommaient, Spartacus, Mahomet, Sertorius, etc.
A cette association politique, il fallait une littérature. Toute armée a besoin d'un clairon. Ce fut sous l'influence de J.-J. Oudet que Charles Nodier écrivit La Napoléone qu'il retira plus tard du commerce. La Napoléone destinée à être chantée à grand choeur dans les banquets de la Société des Philadelphes avait été mise en musique par un membre de l'association, Francis Dallarde. Voici cette ode, devenue désormais une curiosité historique:
LA NAPOLÉONE.
Ode
Que le vulgaire s'humilie
Sur les parvis dorés du palais de Sylla,
Au devant des chars de Julie,
Sous le sceptre de Claude et de Caligula.
Ils régnèrent en dieux sur la foule tremblante.
Leur domination sanglante
Accabla le monde avili.
Mais les siècles vengeurs ont maudit leur mémoire,
Et ce n'est qu'en léguant des forfaits à l'histoire
Que leur règne échappe à l'oubli.
Qu'une foule pusillanime
Brûle aux pieds des tyrans son encens odieux.
Exempt de la faveur du crime
Je marche sans contrainte et ne crains que les Dieux.
On ne me verra point mendier l'esclavage
Et payer d'un coupable hommage
Une infâme célébrité.
Quand le peuple gémit sous sa chaîne nouvelle,
Je m'indigne d'un maître, et mon âme fidèle
Respire encore la liberté.
Il vient, cet étranger perfide,
Insolemment s'asseoir au-dessus de nos lois.
Lâche héritier du parricide,
Il dispute aux bourreaux la dépouille des rois.
Sycophante vomi des murs d'Alexandrie
Pour l'opprobre de la patrie
Et pour le deuil de l'univers,
Nos vaisseaux et nos ports accueillent le transfuge,
De la France abusée il reçoit un refuge,
Et la France reçoit des fers!
Pourquoi détruis-tu ton ouvrage,
Toi qui fixas l'honneur au pavillon français?
Le peuple adorait ton courage.
La liberté s'exile en pleurant tes succès.
D'un espoir trop altier ton âme s'est bercée,
Descends de ta pompe insensée,
Retourne parmi tes guerriers.
A force de grandeur crois-tu devoir t'absoudre?
Crois-tu mettre ta tête à l'abri de la foudre
En la cachant sous des lauriers?
Quand ton ambitieux délire
Imprimait tant de honte à nos fronts abattus,
Dans le songe de ton empire,
Rêvais-tu quelquefois le poignard de Brutus?
Voyais-tu s'élever l'heure de la vengeance,
Qui vient dissiper ta puissance
Et les prestiges de ton sort?
La roche Tarpéienne est près du Capitole,
L'abîme est près du trône, et la palme d'Arcole
S'unit au cyprès de la mort.
En vain la crainte et la bassesse
D'un culte adulateur ont bercé ton orgueil.
Le tyran meurt, le charme cesse,
La vérité s'arrête au pied de son cercueil.
Debout dans l'avenir, la justice implacable
Évoque ta gloire coupable,
Veuve de ses illusions;
Les cris des opprimés tonnent sur ta poussière,
Et ton nom est voué, par la nature entière,
A la haine des nations.