«Je suis mort, et je t'attends; toi aussi, à ton tour, tu en
attendras un autre!»

«Après avoir peu mangé, peu bu, beaucoup souffert, me voilà
tardivement, mais enfin me voilà au tombeau.»

N'est-ce pas l'épitaphe éternelle de tous les pauvres gens?

«L'homme était petit de taille, et l'épitaphe ne sera pas plus grande: «Théris, fils d'Aristoeos, Crétois, gît ici.» C'est bien long.»

«O terre, la mère de tous, dit Méléagre, sois légère à OEsigène, à celui qui n'était pas un fardeau pour toi.»

Depuis les Grecs le parfum s'est envolé. Nous n'avons plus cette légèreté de main, cette fraîcheur d'idées. Et pourtant nos épitaphes ont parfois, lorsqu'elles sont simples, le sentiment des inscriptions des Catacombes. Casta, dit à Rome une épitaphe de jeune chrétienne, et toute une vie est là, dans un mot. J'ai lu, au coin d'un cimetière de Paris, un nom: «Louise,» et rien de plus. Et l'épigramme, cette fois, vaut toutes celles de l'anthologie. Parfois j'ai rencontré encore des initiales et point de nom: «L. V. M. V.» C'en est assez. On regarde, on songe[15].

[Note 15: Une très-belle et très-éloquente épitaphe est celle-ci, au cimetière Montmartre: X…, Polonais mort pour la liberté italienne, au service de la France.]

Mais cette simplicité est rare, et l'orgueil humain va se nicher jusque sous le lierre des tombeaux.

II

Chaque cimetière a sa physionomie distincte, et si le Père-Lachaise représente, dirait-on, l'aristocratie, et Montparnasse la démocratie souffrante, le cimetière Montmartre est quelque chose comme un cimetière moyen et de tiers-état.