«Voilà le dernier plaisir!»
C'est sans doute parce qu'on y riait trop dans ce Saint-Cloud où fleurissaient les lilas, où l'eau jaillissait des bassins avec un reflet d'arc-en-ciel; c'est parce qu'on y était heureux que les Allemands de Brandebourg, ces fils des sables tristes, en ont voulu faire un tombeau.
PARIS APRÈS LA COMMUNE
Je suppose qu'un étranger, venu chez nous, à un an de distance, se donne pour tâche de comparer ce qu'est aujourd'hui Paris à ce qu'il était, jour pour jour, l'année dernière[18]. A coup sûr il n'en pourra croire ses yeux.
[Note 18: Écrit en mai 1872. Depuis on a oublié à qui Paris et la France doivent cet ordre moral que M. Thiers a assuré pendant deux ans.]
L'an passé, à pareille époque, je me souviens de l'émotion et de l'angoisse qui me saisit lorsque, par une petite porte, dont on allait bientôt baisser le pont-levis, je pénétrai dans Paris, ma valise à la main. Il me semblait que j'entrais dans une ville inconnue. Nous étions, mes compagnons et moi, les premiers qui franchissions, sans permis spécial, les fossés des fortifications. La veille, on se battait encore. La lutte venait à peine de finir et l'atmosphère en paraissait toute chaude. Des soldats couverts encore de poussière se tenaient aux remparts, les capotes salies et l'air harassé. En face d'eux, du côté de Saint-Denis, les Prussiens avaient établi des batteries d'artillerie et des terrassements. Quand on entrait dans la ville, la première impression était celle d'un homme qui met pour la première fois le pied dans un désert. Les maisons étaient closes et les rues vides. On apercevait çà et là quelque passant qui hâtait le pas. Des trous de balles tout frais ponctuaient les murailles, et, en plus d'un endroit, des piquets de bois indiquaient la place où gisaient des cadavres.
Comme nous approchions d'une de ces fosses, un homme qui errait par là, nous dit:
—Ils sont sept là-dedans. Le dernier qu'on y a jeté, c'est le charbonnier.
Et il nous montra du doigt une boutique de marchand de coke dont les volets, déchiquetés par des coups de feu, pendaient le long de la devanture comme les ailes d'un oiseau blessé. Le charbonnier s'était retranché dans son logis et, seul, il avait combattu jusqu'au moment où la troupe, enlevant d'assaut la boutique, avait fusillé le boutiquier. J'ai revu, l'autre jour, cette bicoque. Elle est toujours vide, toujours close, et l'enseigne porte toujours le nom du mort. Un petit écriteau collé sur les volets brisés dit simplement: Boutique à louer.
C'était par le quartier de Flandre, qui précède le faubourg Saint-Martin, que nous entrions, curieusement regardés par toute cette population, qui s'étonnait de voir rentrer un étranger. Au coin d'une rue, des petites filles qui causaient s'interrompirent pour dire toutes surprises:—Tiens, un monsieur!