Madame de Frémilly connaissait bien, elle, le remède qu'il fallait à
Laurence, mais le remède n'était pas à portée de sa main.

Elle avait reçu une lettre de M. Mareuil lui disant que M. de Brécourt n'avait pas répondu à sa lettre et qu'il devait déjà être engagé dans le désert.

Reviendrait-il, et s'il ne revenait pas, que deviendrait la pauvre
Laurence?

Quand madame de Frémilly voyait devant son esprit se poser ce tragique point d'interrogation, elle versait des torrents de larmes et maudissait son funeste aveuglement.

On ne tue pas l'amour.

C'est lui qui tue. Elle l'avait compris trop tard.

Et ses jours et ses nuits étaient bourrelés de remords.

IX

Sur ces entrefaites, et pendant que Laurence, comme cloîtrée en sa silencieuse douleur, continuait à mener dans la solitude du château de Marconnay sa languissante existence, un incident se produisit qui sembla à madame de Frémilly de nature à amener une détente dans la situation où elle se trouvait vis-à-vis de sa petite-fille.

Celle-ci lui gardait rancune, elle le sentait bien, de l'éloignement de son fiancé, dont au fond de son âme elle la rendait sans doute responsable, car elle aurait pardonné, elle, et serait revenue à lui. La grand'mère seule avait été impitoyable. Pourtant Laurence ne lui avait jamais adressé un reproche, ne lui avait jamais demandé de nouvelles de Jacques. Elle avait eu la délicatesse et la force de se taire. Elle souffrait, mais elle enfermait en elle-même son chagrin, ce qui n'en était que plus terrible.