La baronne de Frémilly et sa petite-fille se voyaient à peine et ne se parlaient plus.

La grand'mère n'avait plus à l'adresse de la pauvre enfant que des regards courroucés, et ne sentait venir à ses lèvres que des injures.

Le printemps s'avançait, et était, cette année-là, particulièrement beau: une mer moirée de lumière sous un ciel splendidement pur.

Autour des malheureuses femmes, si tristes et si sombres, tout resplendissait, tout étincelait. Les fleurs des parterres étaient toutes épanouies, et les arbustes rares et les arbres fruitiers étaient chargés de neiges roses ou blanches, qui embaumaient l'air de leurs odeurs douces et pénétrantes.

Puis, après un mois tout entier de beau temps, vers la fin de juin, le ciel se couvrit tout à coup, la mer devint houleuse, de grands coups de vent secouèrent les arbres.

Et, pendant une furieuse nuit de tempête, où les rafales semblaient vouloir emporter la villa, où une pluie, mêlée de grêle, battait les vitres avec violence, où l'on entendait de loin la mer hurler furieusement, les premières douleurs de l'enfantement prirent l'infortunée Laurence.

Elle ignorait ce qui allait se passer, et pourquoi elle souffrait ainsi.

Elle s'était jetée sur un canapé, où elle se tordait comme un ver, et bientôt elle ne put retenir, malgré de surhumains efforts, de déchirantes plaintes, qui trouèrent le silence intérieur de la demeure.

Au dehors, tous les bruits étaient déchaînés, ce qui empêcha longtemps la baronne d'entendre sa petite-fille.

Ce fut une des deux domestiques qui vint la prévenir.