—Un chantage! fit madame de Frémilly, abasourdie.
—Oui, madame, un chantage éhonté et si habilement combiné, que moi-même j'y ai été pris un instant et m'en suis fait presque le complice.
Régulus semblait sincèrement indigné. Son geste menaçait, sa voix tonnait, son regard foudroyait.
On eût dit l'honnête homme que la fourberie révolte, que le mensonge met hors de lui.
—J'avais été mis au courant, reprit-il en se calmant un peu, de l'amour de Jacques pour mademoiselle de Frémilly, votre petite-fille, et des projets de mariage déjà avancés, quand survint la brusque rupture dont mon pauvre ami n'a jamais connu le motif, et que je n'ai appris moi-même que plus tard, presque à l'heure même où j'apprenais sa mort, trop tard, par conséquent, pour le lui faire connaître.
—Ce motif, dit madame de Frémilly, c'est la visite que m'a faite cette femme. Je n'en avais pas d'autre à ce moment. Cette femme est venue me dire que Jacques de Brécourt, que j'allais donner comme mari à ma petite-fille, était son amant à elle, qu'il continuait à la voir au moment même où il jurait à Laurence qu'il n'aimait qu'elle et n'aimerait jamais qu'elle. Elle me le montra en photographie à ses côtés, donnant la main à un enfant, qu'elle me dit être leur fils à tous les deux, et la photographie datait de quelques semaines à peine. Je fus indignée d'une telle duplicité de la part de M. de Brécourt, qui m'affirmait, quelques jours auparavant encore, qu'il avait rompu depuis longtemps avec toutes ses anciennes liaisons, et je lui signifiai, sans lui donner d'explications, qu'il n'eût plus à songer à Laurence.
—Eh bien! madame, fit Régulus, tout cela était faux. Vous avez été trompée comme je l'ai été moi-même, et Jacques de Brécourt était innocent de cette trahison.
Il y eut un silence.
Madame de Frémilly regardait Régulus et se demandait ce qu'elle devait penser de tout cela.
Jamais encore elle n'eût supposé possible une telle succession d'infamies.