Et le service commença, dans un grand silence, que troublait seulement par intervalles le bruit des bûches qui s'écroulaient en se consumant dans la cheminée géante, ou le bruit du vent, qui sifflait lugubrement autour du château et dont les rafales venaient se briser sur les fenêtres qu'elles faisaient gémir.

Laurence touchait à peine aux mets que l'on servait.

Elle ne prononçait pas une parole.

Et sa grand'mère ne cherchait pas à la faire parler.

Elle respectait ce silence, dont elle comprenait toute la tristesse, et elle sentait qu'il suffirait d'un mot pour faire venir les sanglots et les larmes, tant le coeur de la pauvre Laurence paraissait gonflé de chagrin.

Les domestiques qui servaient avaient déjà remarqué l'air désolé de leur jeune maîtresse.

Et ils se demandaient quel malheur était arrivé à madame de Frémilly et à sa petite-fille et les avait jetées en plein hiver, toutes seules, dans ce pays désolé.

Devaient-elles y rester longtemps? Ils l'ignoraient, car madame de Frémilly n'avait rien dit de ses projets. Et ils se rendaient compte, bien qu'ils fussent habitués à vivre là, que ce n'était pas gai pour une jeune fille et pour une femme habituées au monde, de vivre enfermées dans ce nid de hibou.

Qui les y avait amenées, et allaient-elles y demeurer?

Déjà ils pressentaient un drame, la ruine peut-être.